vendredi 10 mars 2017

La France Asterix

Je me demande comment le génial Goscinny aurait traite la France version 2017. Quelque chose me dit qu’à la fin, après des pages et des pages de combat avec les centurions romains et des tonnes et des tonnes de poissons assénés par nos amis villageois sur la tête du voisin, le banquet final de la page 44 aurait été tout différent. J’imagine bien que, lassé par un tel vacarme, un bon quart de nos gaulois s’en serait allé cultiver ses fraises loin des autres. Que le barde serait libre de couiner debout sur la table, la chaussure dans la sauce du sanglier. Que la moitié du village restant aurait accroche à l’arbre un tiers des autres. Et qu’une Bonnemine tirant pour le coup vraiment la tronche, aurait rameuté son étal de poissons pour le dessert.

Les français ont un art consomme du pugilat, de la polémique, de l’affrontement avant toute négociation comme probablement aucun peuple sur terre. Philippe d’Hiribarne (pour les connaisseurs), l’avait fort justement démontre dans un ouvrage de sociologie des années 80, La Logique de l’Honneur, en comparant notre culture à d’autres au travers d’un cas d’école : la production d’une automobile. En France, le bloc contre bloc prévaut, notre système politique bipartisan, celui-là que l’on feint actuellement de détruire pour en reconstruire un à l’identique en est une preuve éclatante. Il convient donc, dans cette culture qui est notre prise dans son ensemble, non d’échanger, de dialoguer, de nous enrichir de nos différences et de laisser la pensée lentement infuser, mais bel et bien d’imposer par la forcé un point de vue, de vociférer, de caricaturer ce qu’on n’a point écouté, de parler plus fort, bref : de faire taire toute différence, toute dissonance et de marquer à la culotte par principe.

Dans pareil système aliénant, la philosophie telle que nous l’enseigne Socrate, celle-là qui se détourne des réponses pour mieux nous apprendre à incessamment questionner le réel, est évidemment impossible. Et de facto, le vivre-ensemble tout autant, puisque par nature excluant. Seule une autorité à poigne permet dans certains contextes bien précis un semblant d’union nationale : de leur vivant nos plus grands dirigeants ont toujours été contestés, et combien de français du XIXème siècle se sont satisfaits de l’exil de Victor Hugo.

L’idéologie de tartuffes de nos élites a ces trente dernières années dangereusement accéléré ce processus. Maquillant leurs démissions et leur inculture sous des programmes mensongers écrits sous powerpoint, mettant au pinacle des charlatans qualifiés de philosophes d’état, définissant tels des urologues des lignes jaunes pour le bas-peuple en réécrivant les définitions de certains concepts clefs de la nation (quid de cette laïcité et de ce féminisme tels que défendus par Madame Badinter sinon une version radicalisée, excluante voire raciste de ces mêmes concepts), ils ont créé au sein même du village de nouvelles lignes de fracture ayant trait non seulement a la liberté d’agir et de vivre mais de penser. Et ont ainsi excité en les insultant le germe dit extrémiste chez le futur exclu, le qualifiant de sot, de benêt, de sous développé du bulbe, de raciste et de xénophobe, jusqu’a vraiment le faire basculer de ce cote-là.


Caricaturer et radicaliser conduit à cela : ancrer dans la tête de celui qu’on manipule ce qu’hier il pensait à demi-mots. Que les excommunicateurs lèvent le doigt, l’échec est avant tout le leur. Nous n’avons pas élu des pantins pour nous dire quoi penser mais pour agir pour un collectif dans lequel nous pouvons faire mieux que survivre. Qu’ils fassent leur job, et s’ils ont échoué qu’ils s’en aillent définitivement. Le banquet de la page 44 est devenu actuellement impossible pour quelqu’un aimant le calme et la juste confrontation des idées. Les trolls ayant envahi le salon il n’y a d’autre porte de sortie pour quiconque aime la vie et son pays que de quitter la table. Et d’aller retrouver dans les champs celles et ceux qui comme lui goutent a ce plaisir singulier que d’être vraiment ensemble.

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