mercredi 15 mars 2017

Dostoievski, Balzac, Proust : mes Maìtres

Je basculai à l’âge de 15 ans dans la littérature un certain mois de juillet, dans la maison de mes grands-parents. J’avais été jusqu’alors un dévoreur de bandes dessinées, de cette école belge, celle des magasines Spirou et Tintin. Un simple petit ouvrage, pas très épais, ouvrit un soir une porte, que je ne refermai plus à compter de ce jour.


Ce fut « Le joueur », un des plus courts romans (on pourrait presque parler de longue nouvelle) de Fédor Dostoïevski.

Qui devint mon 1er maìtre.

A peine achevé Le joueur, je poursuivis avec L’Idiot. Puis avec Les Frères Karamazov. Puis Crimes et Châtiment, les Possédés, Souvenirs de la Maison des Morts. Puis le reste de son œuvre.

Je devins à compter de lui un lecteur compulsif. Lisant un livre par jour, sept jours sur sept, pendant des années. J’y passais mes jours et mes nuits, cachais sur la table de clase l’ouvrage et lisant pendant les matières qui ne m’intéressaient guère. A peu près toutes les heures dites de recréation y passaient, je m’isolais le plus loin possible des autres et entrais en ma bulle. Ce fut vécu à peu près partout comme une provocation, cet isolement suprême et quelque peu extrême. Il fallait presque me tirer par le bras pour que je rejoigne la table, j’écoutais à demi-mots les propos autour, ils me semblaient alors si pauvres a cote de mes lectures.

Dostoïevski fut donc mon 1er maitre et il le demeure. J’ai plusieurs fois lu son intégrale, à différents âges de ma vie d’homme. Il éveilla en moi un désir profond d’interroger la frontière entre le bien et le mal, à questionner l’extrémisme des sentiments humains ou amour et haine, générosité et désir de destruction cohabitent dans les mêmes personnes, à regarder avec circonspection tout désir humain à prendre le lead sur un peuple par la tentation révolutionnaire. L’extrême noirceur présente dans les romans du génial russe m’est toujours apparue contre balancée par une hauteur de vue stupéfiante, à la limite du vaudou. Les pieds dans la glaise, le regard vers les cieux.


Mon second maitre, découvert deux ans plus tard à l’âge de 17 ans fut Honore de Balzac et sa cathédrale La Comédie Humaine, que j’ai intégralement lu trois fois. Et dont certains romans (le père Goriot, La peau de chagrin, le Cousin Pons ou Pierrette) comptent parmi mes livres de chevet. Chez Balzac, je pus compléter Dostoïevski et l’appliquer à la société française, celle du matérialisme, la France des petits propriétaires, celle de l’argent qui corrompt les âmes. Le monde tel qu’il est expose par Balzac dont la plume est un scalpel est d’une noirceur repoussante, pire encore que chez le russe. Car chez Balzac, les âmes perverties ne croient en rien et détruisent la main qui les nourrit autant par avidité que par une bêtise aussi crasse que crasseuse. L’agneau finit souvent dévoré par un scorpion abject qui ne doit sa force qu’a son appartenance à la caste des conformistes et à son hypocrisie. Ce noir tableau m’instruisit tant sur le monde dans lequel j’avais baigne qu’il changea quelque peu mon regard et il me fallut attendre l’arrivée du 3e maitre pour prendre un peu de recul.


Ce fut donc Proust et sa Recherche. Que je découvris a 20 ans et lus 4 fois depuis. Proust ou l’immense subtilité de la sensibilité, et la supériorité de l’artiste-demiurge. Peu dire que le monde qu’il peint et dont il dresse le crépuscule ne me parlait en rien. Et pourtant : la moindre de ses phrases de trente lignes me mit (me met toujours) en transe. Je n’ai jamais lu un auteur a ce point capable de t’entrainer avec douceur dans les plus subtils méandres de sa pensée et de me captiver cinquante pages durant sur la simple description d’un nom propre. Avec Proust je découvris, après les deux autres, un écrivain capable non de décrire ou de transcender le réel, mais de l’aspirer entièrement au point de totalement se substituer à lui.



Ce furent donc ces trois-là, et ils demeurent, trente à trente-cinq ans plus tard, mes inspirateurs et mes amis. J’y puise encore régulièrement en relisant quelques pages de l’un ou l’autre, non l’inspiration mais le niveau à atteindre. Je n’aurais jamais la prétention de les égaler ou d’arriver à la cheville d’aucun des trois, mais ne vois guère comment atteindre un niveau un peu plus que convenable autrement qu’en visant l’excellence.

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