mardi 14 février 2017

L'ange blanc et l'ange noir ou les deux frères - un extrait de SUNDANCE (Vol.1)


« Vas les coucher, je te rejoins après. Faut que je cause à mon frère »
Il l’avait aperçu, assis en tailleur face à l’océan, de dos. Quelques rares invités restaient là, un verre à la main, à la nuit tombée. La Villa de Claude Carrère était étrangement paisible.
Il fit quelques pas en sa direction, et fut à peine surpris quand celui-ci se retourna.
«  Faut que je te parle, petit frère.
-       Moi aussi. Viens t’asseoir. T’as soif ?
-       J’ai déjà pris un verre, avant de prendre la route.
-       T’as sacrément réduit. Tu vas pas un peu trop vite ?
-       T’as pas su, pour la dernière fois, petit frère
-       Je te connais suffisamment bien. Ta nuit de noces ? »
Pierre baissa les yeux.
«  Personne t’accuse.
-       Si : moi
-       T’as tort, Pierre. T’y es pas pour grand chose.
-       Ce sont mes mains.
-       C’est pas tes mains qui ont frappé. C’est plus profond.
-       Comment tu peux m’excuser après tout le mal que je t’ai fait autrefois ?
-       Parce que je sais que c’est pas vraiment toi qui as fait ça.
-       Tu voulais me parler ?
-       Toi d’abord.
-       Comme tu veux, petit frère. Ca fait si longtemps qu’on a pas fait ça.
-       Pierre on l’a jamais fait. Les fois précédentes c’était toi qui parlais »
Pierre passa son bras autour du cou de son frère et le serra contre lui.
« Tu as raison.
-       Les choses changent, bonhomme. On cicatrise. On regarde plus dans le rétroviseur. Faut continuer comme ça. Comment ça s’est passé ces deux jours ?
-       Au delà- de mes attentes.
-       Elle change, ta belle.
-       Et comment ! J’en reviens pas.
-       Elle non plus elle doit pas en revenir. Comme moi d’ailleurs.
-       Si tu l’avais vue avec les gosses.
-       Elle les traite pareil ?
-       Mieux : elle les aime pareil. Avec Expédit, c’est à pleurer.
-       Il est comment avec elle ?
-       En confiance. Doux. Incroyablement doux. Il sourit. Quand elle s’approche il sourit. Et elle… Elle lui chante des chansons. On dirait maman.
-       Aussi intense ?
-       Tout autant.
-       Maman c’était trop, souviens-toi. Ca nous a pas rendu service, après.
-       Pour moi ça reste ce que j’ai vécu de plus beau.
-       Pour moi c’est Laure. Laure, c’est juste. Ni trop ni trop peu. Et tout le temps. Sans une ombre qui plane au dessus de nous.
-       Suzanna, oui. Mais je peux pas comparer.
-       Tu l’as fait, Pierre.
-       Faut que je te raconte un truc, Charles. Un truc qui m’a vraiment fait flipper. Depuis j’arrête pas de retourner ça dans ma tête.
-       Je t’écoute frangin.
-       Tu te souviens, ce que je t’avais raconté ? Ce cauchemar que je fais depuis des années
-       Celui dans la cuisine ?
-       Celui-là »
Pierre prit sa tête entre ses mains et poussa un râle.
«  Charles, dit-il en tournant un regard perdu vers le sien. Suzanna a fait le même.
-       Quoi ?
-       T’as bien entendu. Et pas qu’une fois. Deux !
-       Putain »
Charles agrippa son frère et se serra fort contre lui.
« Faut lutter, Pierre. Pierre, faut lutter. C’est pas écrit ! C’est pas écrit !
-       Le même, Charles. Le même cauchemar. Moi, dans la cusine. Avec eux. Avec elle. Avec les gosses. Ivre. Le cerveau retourné, grillé. Et qui frappe ! Et qui frappe ! »
Il éclata en sanglots étouffés, et Charles le pressa encore plus fort contre lui.
« Le gosse, Charles, le gosse ! A la tête ! A la tête !
-       Arrête, Pierre. Arrête ! Il n’y a pas de fatalité. On le sait
-       On en sait rien, petit frère. On se bat. On se combat. On fuit. On s’enfuit. On oublie. On veut oublier.
-       On y arrive, putain. Et on s’en éloigne
-       Qu’est-ce qu’on en sait ? Tu sais ce qu’elle m’a dit ? La première fois, au concert, elle n’avait vu que mes mains. Je la tenais contre moi, serrée, de dos. Et mes mains ! Elle a vu ! Les coups ! La tête du gosse que j’explose contre le mur !
-       Expedit… , murmura Charles.
-       Expedit oui, hurla Pierre. Expedit ! »
Il fut pris de tremblements , et des flots de larmes jaillirent de lui.
«  Dis-moi, dis-moi que c’est un cauchemar !
-       C’EST un cauchemar ! Pierre, faut se le promettre, toi et moi : jamais plus, sous aucun prétexte faut qu’on y retourne. Surtout toi, surtout pas toi ! Pas toi avec elle et les gosses !
-       Et si ça se faisait malgré nous ? Et si on pouvait pas contrôler ?
-       On est deux, Pierre. Je te laisserai jamais faire ça.
-       Qu’en sais-tu ? Qu’en savons-nous ?
-       Laure jamais ne laisserait Expedit s’éloigner d’elle. Et jamais je ne pourrais la laisser partir sans moi »
Pierre se figea.
«  Que veux tu dire ?
-       Laure est stérile, Pierre »
Charles se releva, et aida son frère à en faire de même.
« Appuie-toi sur moi.
-       Petit frère, j’ai compris. On est liés, tous les quatre.
-       On ne peut pas se lâcher, à présent. Il y a une épée au dessus de nos têtes, on le sait. Maintenant elle a grandi. Nous, on le sait depuis longtemps. Mais elles et les gosses…
-       On est six. Six à essayer de…
-       L’amour, Pierre. L’amour. Il n’y a que ça.
-       Si seulement tu disais vrai. Si cela pouvait suffire.
-       J’aime Laure comme j’ai jamais aimé
-       Et moi Suzanne tout comme toi. Mais est-ce assez ?
-       Ne recréée pas le monstre. Fais-le sortir de toi. Pas de peurs. Pas de pensées ! Si tu cauchemardes, viens, on nettoie. Au jour le jour.
-       Tout ce que tu veux.
-       Tu te mets sous mon aile, d’accord ?
-       Promis, petit frère.
-       Tu me dis tout, et tu luttes avec moi. On est deux, depuis le début. Tu te souviens, ce que tu as ressenti, quand je t’ai dit que je t’avais pardonné ?
-       Oh que oui !
-       Tu te souviens de la lumière ?
-       Oh que oui !
-       Alors écoute-la. Convoque-la. Et à deux, on y arrivera »
Charles ouvrit grand ses bras, et Pierre vint s’y lover.
«  Merci. Merci petit frère
-       Je t’aime, bonhomme
-       Moi aussi je t’aime »
Pierre fit quelques pas, puis se retourna.
« Tu voulais me dire quelque chose ?
- Ah oui. Carrère veut engager Laure. Pour enregistrer un disque. Elle a accepté »

Extrait de SUNDANCE - Livre 1 : Genèse (volume 1)
Résumé, extrait, nombreux avis de lecteurs et possibilité de commande en ligné sécurisée
1er d'une saga romanesque en 4 Livres et 8 volumes couvrant sur 3 générations et 2 lieux (Paris et la Réunion) 40 ans d'histoires en France et d'Histoire de France, des années 70 à la fin des années 2000. 
Mélange de personnages de fictions et de personnages publics appartenant à notre mémoire collective dans les champs politiques et artistiques
Roman entièrement auto-produit, sans éditeurs ni distributeurs
1er roman proposant un mix texte et musique au travers de playlists proposées et pouvant combiner certains chapitres avec l'écoute de morceaux musicaux leur correspondant.

http://www.thebookedition.com/fr/sundance-livre-1-genese-vol1-p-343871.html?search_query=sundance&results=2





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