samedi 18 février 2017

La Chute du Diable


Après trois mois et demie ici, au Brésil, à vivre au milieu des brésiliens, ce cadeau en guise d’au-revoir avant le passage au Paraguay : les chûtes d’Igaçu. Un des sites naturels les plus exceptionnels au monde, classé au patrimoine de l’UNESCO. Un ensemble de 275 cascades en pleine forêt tropicale, partagées sur les territoires brésiliens et argentins.

Face à ce spectacle majestueux, démesurément majestueux, une émotion, immense, qui m’envahit. Dieu que la Nature est belle ! Aucune œuvre humaine n’égale ce spectacle puissant que j’ai vécu ce jour, aucune. Planté devant comme un insecte, les yeux écarquillés, je me suis senti soulevé de terre et conduit au cœur des plus ancestrales croyances, celles-là qui sont miennes. Foi en la Nature, Foi en l’immense beauté de cette Terre qui nous accueille et à qui nous devons tout. Que notre civilisation occidentale ait pu à ce point ces trente dernières années la détruire, et avec elles tous les êtres vivants, arbres, forêts, océans, air, continents, animaux, hommes – comment des êtres humains ont pu, pour de l’argent, oser faire cela, et pour quel résultat final y compris pour eux ! Que ne viennent-ils ici se recueillir, ces fous destructeurs, et face à l’immense chute du Diable demander humblement pardon ? La folie des hommes m’apparaît à ce point démesurée, oser s’affronter à cela, à cette nature aussi sublime qu’implacable qui à tout moment peut se retourner contre nous. Et qui d’ailleurs, si l’on y regarde de près, s’est énormément déchainée ces toutes dernières années.

Je me tiens face à elle, les bras ouverts. Sens cette énergie, puissante et légère, me soulever. Le bruit assourdissant des eaux qui grondent m’ensorcèle. Je reste là un temps infini, sur cette passerelle, faisant face à la Chute du Diable, humblement recueilli. Ferme les yeux, longtemps, cœur ouvert, âme pesant le poids d’une plume. D’une inspiration puiser force, d’une expiration expulser les tensions du dedans. La masse implacable vrombit, déchaine ses torrents d’eau tombant du ciel et créant des tourbillons prompts à réduire en cendres tout contrevenant. Je sens mes genoux fléchir à mesure que mes bras s’ouvrent en croix, une force surnaturelle me pousse visage contre terre, tel un pénitent désarticulé. En cette Eglise nul pardon, nulle homélie, nulle salvation. Ce Dieu-là est aussi puissant qu’aveugle. Et le feu qui jaillit de ses entrailles crépite de colère. 

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