vendredi 24 février 2017

Eloge de la lenteur


Quitter la civilisation moderne pour partir sur les routes du Nouveau Monde – un continent immense où la nature règne en maître sur des centaines d’hectares sans qu’aucune ville importante vienne casser son harmonie- permet de réapprendre vite le rythme qui est nôtre, celui de la lenteur. Et d’alimenter enfin son souffle à la saveur de chaque instant.

Ici, ce qui s’offre au regard comme à nos sens olfactifs a ce pouvoir d’aspirer hors de nous toute pensée, jusqu’à vider nos boites crâniennes de leurs déchets accumulés. Le temps, tel qu’il se donne, redevient donné, sans contrainte aucune. 

 Tel un fil invisible, il s’étire en longueur, depuis le matin qui s’éveille jusqu’à la tombée de la nuit. Se poser sur le bord d’un trottoir ou sur un petit pont passant au-dessus d’un ruisseau pour simplement contempler l’esprit vide le vol d’une abeille ou le petit vent caressant les herbes devient l’incarnation du temps. Enfin débarrassé du faire, sans souci aucun de l’avoir, il est alors possible d’être, et d’être seulement. 

Assis là, immobile, à l’écoute de la moindre tension dans cette nature qui se donne, subtile, tel le bruissement de l’aile d’un papillon. C’est là, dans ces instants de rien où tout advient pourtant, que l’on peut du plus profond de soi ressentir ce qu’est la vie, tel qu’elle nous fut à la naissance donnée. 

Une occasion séquencée de millions d’opportunités de simplement être en présence, comme le font ces vieilles personnes dans les campagnes, assises à l’ombre d’un arbre aux branches généreuses l’après-midi, que l’on imagine perdues dans leurs pensées, alors que vidées de celles-ci d’avoir longtemps vécu elles sont au contraire concentrées sur ce dernier fil qui les retient encore en ce monde. Et qui s’étire, jour après jour, heure après heure, minute après minute, seconde après seconde. Si ténu qu’à un mètre à peine on ne le remarque point. Tant tout est lent, si lent. 

Presque immobile.

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