dimanche 12 février 2017

De la sérénité


Suivre à distance l’actualité française via les médias donne envie de se pendre. 70% d’infos anxiogènes, 30% de futilités. Pourtant quand on aime et qu’on connaît bien ce grand pays, on sait qu’il regorge de gens formidables qui dans plein de domaines réalisent chaque jour des choses magnifiques à petite, moyenne ou grande échelle. Des artistes bourrés de talent inconnus au bataillon, des petits entrepreneurs fourmillant d’idées neuves, des gens qui se mettent au service des plus démunis, des agriculteurs qui réinventent une alimentation saine, des inconnus dont le métier ou la mission sont d’instruire, d’élever, de soigner, de rééduquer, d’aider les autres à se relever. Tant d’autres exemples… 

Pourtant de ceux-là, si nombreux, nos médias ne parlent pas. A quoi bon poser son regard sur ce qui va dans le bon sens, sur la bonté, sur la beauté qui se donne à voir et à vivre ? Mieux vaut asservir par la peur, et donc effrayer, agacer, diviser, polémiquer, mettre le zoom sur tout ce qui détourne de cet objectif tout simple pour nos possédants : réussir un lavage de cerveau collectif pour ensuite palper.

J’admire et respecte ces jeunes générations à qui l’on n’a pas demandé quel monde ils voulaient, et qui entrant dedans de plein pied avec toute la légèreté dont on est capable à cet âge là, décrètent que le week end leur appartient, et s’en vont en plein air danser dix heures durant sur des musiques planantes en gobant une petite pilule : eux ont la recette, bien mieux que ma génération. Ils nous disent : je me loue la semaine, mais je garde le reste et je n’en pense pas moins. De notre gravité dénuée de profondeur ils font peu de cas. Et ils ont bien raison.

Il y a pour moi qui ai atteint la cinquantaine une ardente obligation, que j’ai la chance de vivre enfin : cette décennie-là doit être celle de la sérénité ou ne pas être. A quoi bon avoir avancé en âge si c’est pour se replier sur ses certitudes, vivre dans la peur, le déni, le rejet de l’autre ou de certains d’entre eux, le repli sur soi et sur ses petites possessions et habitudes ? Si c'est pour se ratatiner en aigreurs d'estomac ?

Le sens de l’existence tel que je le conçois et tel que je l’ai vécu est simple. Pour l’enfant, la vie se confond avec ses rêves. L’adolescent confronte cet état d’esprit à la réalité qu’on lui oppose et se bat pied à pied. Le jeune adulte tâche de s’y accrocher et lâche du lest. L’adulte trentenaire s’épanouit dans une forme d’obéissance positivée. Le quadragénaire commence à interroger cette chaîne tout en hésitant encore à l’ôter. Le quinquagénaire passe à l’acte, et prépare ainsi les conditions nécessaires à ce que son troisième âge soit celui de la sérénité et de la transmission aux jeunes générations.

Il me semble que bien des inversions aient été en bien des endroits effectuées, qui ont eu pour conséquence de rompre cette chaîne générationnelle qui tenait mieux avant qu’en ces temps de modernité où le jeune est à la fois le modèle et l’esclave, et où l’ancien est soumis tout en tenant la chaîne et les rennes. Tout du moins, tel est le modèle qu’offrent les classes dominantes et le haut de la pyramide à un peuple qui heureusement ne s’en laisse pas toujours conter. 

Le climat d’un pays (c’est-à-dire l’atmosphère – et donc ce qu’on met en avant, ce qu’on médiatise) induit beaucoup sur les comportements et les savoir-êtres. Ici, au Brésil, les gens de toute génération qui marchent dans les rues se sourient, se saluent, ne se bousculent pas, ne marchent pas vite. Ils sont apaisés et apaisants, cela se ressent physiquement. Peu de voitures klaxonnent. Même bourrés, les gens ne deviennent pas violents, du moins c’est assez rare. Il règne un climat qui conduit à ça, à ce sentiment intérieur de paix, et un éloge de la lenteur dans la vie quotidienne qui fait un bien fou. On laisse passer la personne âgée, l’enfant qui te marche sur le pied se retourne et s’excuse en souriant. Les voitures conduisent un peu n’importe comment mais il n’y a presque jamais d’accident : la société est fluide et on n’emmerde pas les gens avec des règlements pour tout et n’importe quoi.

Tout concourt donc à encourager voire à susciter cette sérénité dont je parlais auparavant. Créée intérieurement, elle est extérieurement partagée par tout un peuple, et c’est magique. C’est bien la preuve que c’est possible, mais pas partout de la même façon. Et dont que les causes d’un mal être ne sont pas qu’intérieures. C’est ce que savent ou sentent ceux des villes qui soudain partent vivre à la campagne. Eux aussi cherchent ça, et à un moment de leur vie ce qui n’était qu’un vague projet devient une ardente nécessité. Reprendre les rennes. Oter ses chaînes. Ne pas devenir ses problèmes, évacuer les peurs et les entraves. Et revenir à la source de ce qu’on aime en soi et qu’on sait bel et bien là.

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