samedi 28 janvier 2017

D'un certain milieu gay



C'était il y a moins d'un an, à Paris. C'était disait-on LA soirée où il fallait être. Je connaissais le concept, y avais déjà été invité, 3 ans plus tôt. Déjà, à l'époque...
Nous arrivons vers 2 ou 3 heures du matin, bien après tout le monde. Une centaine de convives, une cave aménagée dans un "machin" à la mode à l'esthétique années 80, marrant sans plus. Le concept est "costumés", on a fait l'effort de se trouver tous trois une tenue sympa, marrante, correcte surtout.

Dès l'arrivée, comment dire, on se sent bien seuls. Tout le monde ou à peu près est bourré, défoncé. Dès le rez-de-chaussée une créature sur talons couine des insanités idiotes en titubant, et met la main directement là où on ne l'a point autorisé. Le ton est donné, pas de scoop, je m'y attendais.

Elle descend la 1e, c'est quasiment la seule fille. Classe, comme toujours, et totalement décalée, tout en étant incluse. Cette nana, rien à dire, elle est capable de rentrer la tête la 1e dans un bain de boue et d'en ressortir propre. Question de caractère. D'éducation aussi.

Je reste avec lui. Il est grand, beau, séduisant. Ici, à tout bien regarder, il n'y en a guère qu'un que je trouve vraiment masculin, c'est lui. Les regards et les mains baladeuses - déjà - il a cette manière tout en finesse de repousser les avances vulgaires sans se montrer déplaisant. Un vrai savoir-vivre.

Je le regarde tandis que nous tournons dans les caves en croisant des trucs bourrés. Il est comme moi : atterré et sur la défensive, et en même temps à la bonne distance. Il doit bien se demander ce que nous fichons là, ce que je viens faire dans ce milieu. Je prends des notes, je songe, j'enrichis ma connaissance de mes semblables, sans les juger

Je reconnais bien trente gars - la plupart âgés de 40 ans et plus. C'est étrange de débarquer à jeun dans une atmosphère pareille où presque tout le monde est tellement parti qu'il(s) n'est plus conscient du tout de ce qu'il dégage de lui-même et de ce qu'il fait. J'entends des gloussements, vois mes potes se déhancher en titubant, je vois les corps qui se décomposent et se frottent, ça donne une impression un peu ridicule d'une fin de banquet beauf à Chilly Mazarin.

Je les observe un à un. Leurs maquillages ont fondu, leurs costumes (qu'ils ont pensé pendant des semaines) tombent en lambeaux, quelques uns sont presque nus, la queue sortie, ça fornique sans plaisir ici et là, c'est un peu tristoune, on se croirait dans une partouze de Catherine Millet, les gens s'emmerdent, ça se voit, même perchés ils s'emmerdent.

Je les regarde. Je les aime pourtant, ces garçons. Des chics types pour la plupart. intelligents, sensibles, drôles, avec des vies pas faciles. Pourquoi font-ils ça ? Je ne comprends pas, je veux dire - si : mais je n'adhère pas. Je ne suis pas comme ça, je ne peux pas - question d'éducation certes, mais surtout d'estime de soi.

On part s'asseoir dans une petite alcove. Ce spectacle nous barbe, on a tout compris au bout de 10 mn. Lui, avec son mètre 90, il excite tout ce qui bouge, il se raccroche à moi, tellement c'est le contraire de son monde. A peine assis, on voit un truc, trente ans à peine, string rouge, qui s'allonge sous nos yeux sur la table, pattes écartées. Je vous passe les détails tellement c'est... bref...

On fume notre clope, c'est tellement naze, ce qui se passe, lui regarde ailleurs, moi, comme souvent, je plante mon regard sur la scène, n'en perdant pas une miette.Les répliques, les gloussements du public... Hanouna parait distingué à côté.
On repart tous deux deux heures plus tard, moins, je crois. Au dehors le matin se lève, c'est dimanche, des maraichers commencent à installer les étals, c'est jour de marché vers Bastille. On imagine les convives sortir, tomber là-dedans, nez-à-nez avec les ménagères et leurs caddies. On rigole à gorge déployée en y pensant.
On l'a laissée vers la cabine du D.J. Digne, et belle, comme d'hab.
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