lundi 3 juin 2019

Marion rentre en scène




Elle a vu de la lumière et est revenue causer dans la lucarne, la petite Marion. Au moment où les Républicains (comme deux ans auparavant le PS) se sont échoués sur le pire score de leur histoire, la plus jeune retraitée de la politique française est incidemment sortie de son silence. Le soir où Wauquiez a rendu son sceptre sous la pression et de l’échec électoral historique de son parti, et de ses ennemis de l’intérieur, la voilà qui se lance telle Circé dans une mélodie pleine de charme à destination de ces électeurs de droite en deuil. Le même soir ! Hasard du calendrier …

Marion dont l’école de formation de ses futurs lieutenants est à quelques centaines de mètres du Conseil Régional présidé par Laurent Wauquiez …

La nature a horreur du vide, la jeune dirigeante de l’ISSEC l’a bien compris. En fine politique, débordant tantine sur sa droite avec son accord, elle a planté les contours de sa feuille de route avec l’air de pas y toucher. Actant une évidence et posant en même temps ses jalons. Non le Rassemblement National ne peut gagner seul. Oui il faut des alliances et donc que des digues sautent.

Ça tombe bien, le parti centralisateur qui d’en haut faisait jusqu’ici pression sur ses élus pour ne pas céder aux appels du pied de la bête immonde vient de connaître un enterrement de première classe. Que vaudra demain la menace du dirigeant d’un parti moribond de se voir retirer son investiture locale pour un actuel élu des Républicains ? Plus grand chose si la base qui a déserté le navire le suit ! Certains élus LR, tel Thierry Mariani, l’ont bien compris et anticipent déjà leurs mouvements pour les prochaines municipales. Ce que Chirac, Juppé ou Sarkozy pouvaient à l’époque obtenir, nul doute que le futur remplaçant de Wauquiez aura bien du mal à réitérer. Localement, dans le Sud de la France entre autres, certains politiciens de droite feront vite leurs calculs. Ma réélection avant tout !

L’ex l’UMP est en mille morceaux, exactement comme le PS depuis 2017. On peut saluer Macron, qui a achevé la droite française en l’annexant aux deux tiers après avoir tué la gauche. Les européennes pour Macron ce fut contrairement aux jugements hâtifs le couronnement d’une stratégie défensive de type gagner par défaut, laquelle s’était donnée pour priorités à la fois d’éliminer la droite, de faire boire la tasse à la France Insoumise et de remettre le RN en selle comme principal adversaire. Les juppéistes de 2016 ont rejoint LREM, ainsi que 20% des électeurs de Fillon. Comme hier la moitié des électeurs de Hollande avaient déposé un bulletin Macron. L’électorat de Wauquiez s’est éparpillé entre la liste Renaissance, celle du RN et un paquet d’abstentionnistes déboussolés. A peine les résultats annoncés, Edouard Philippe est apparu sur les écrans requinqué et confirmé dans ses fonctions.

Cela faisait des années qu’on nous parlait de frontières poreuses et de valeurs communes entre la droite et l’extrême droite, il fallait juste que les élus suivent les plus radicalisés de leurs électeurs en y trouvant leurs intérêts bien compris, nous sommes sur la voie. Douze ans après l’annexion des thématiques du FN par Sarkozy, on risque d’assister avec amusement à la valse de certains élus. Vu que la Maison Mère est en vente à la découpe ça va faire évoluer certaines convictions jusque-là chevillées au corps.

D’où la réapparition miracle au moment clef de Marion, laquelle met le curseur là ou il faut pour ratisser les orphelins. A droite, clairement à droite. Avec un argumentaire bien rodé. Autour de la valeur du conservatisme, qu’elle place sur un terrain civilisationnel et identitaire, contre tous les excès du progressisme apatride.

Bien sur qu’elle ne revient pas en politique, voyons, bien sur que non, elle ne fait rien d’autre que proposer ses services au cas où on ait besoin d’elle ! Elle pose le cadre du nouveau clivage, et sans jamais dire un mot contre tantine et sa stratégie limitée par un éternel plafond de verre, elle ouvre en grand ses bras.

Comme par enchantement, dès le lendemain, encore un hasard du calendrier, on apprend que Samuel Maréchal, le papa de Marion, ainsi qu’Arnaud Stephan, son ancien attaché parlementaire, ont déposé les statuts d’une association, Alliance pour la France, en vue des prochaines présidentielles de 2022. Alliance, ça cadre bien avec l’argumentaire de la veille.

Du côté des électeurs la digue, lentement, commence à se fissurer. 6 électeurs sur 10 de Mélenchon en 2017, nous apprend un sondage, voteraient Le Pen contre Macron. 15% des électeurs de Fillon se sont déjà reportés sur le RN. A force de répéter que la seule opposition solide face au macronisme est le parti de Madame Le Pen, et face au spectacle de la débâcle de tous les partis de l’avant dégagisme de gauche comme de droite, on a créé un appel d’air. Marine étant dans les esprits à  peu près certaine de perdre à nouveau dans trois ans, autant jouer la carte Marion, laquelle s’étant retirée depuis deux ans de toute responsabilité politique et étant assise sur une vraie popularité chez les plus à droite des Républicains, entame tout juste son opération reconquête à la mode en dehors des partis et au-dessus du jeu politicien. Aidée autant par les médias que par les sondages, lesquels depuis belle lurette en ont fait un produit d’appel.

Habilement, elle se fait désirer et ne postule à rien.

Souvenons-nous, c’était en septembre 2014, sur BFM. Jacques Attali, l’oracle de l’oligarchie, nous avait avec deux ans et demie d’avance donne le résultat du scrutin 2017 en nous annonçant avec le sourire que le prochain président de la France s’appellerait Emmanuel Macron. Avant que de glisser sur 2022, nous évoquant alors une femme âgée en 2014, nous avait-il confié alors, de 25 ou 26 ans. Concluant que les jeunes pousses talentueuses étant plurielles, il nous soufflait à l’oreille qu’ils – comprendre l’oligarchie qui décide des participants comme du vainqueur – avaient le choix.

Marion, en 2014, avait 25 ans.

Recomposition de la vie politique, nous avait vendu lors de sa campagne Emmanuel Macron – un mantra également répété par Marine Le Pen. Droite et gauche de gouvernements rassemblés en une formation unique se qualifiant elle même de camp des progressistes, contre droite de la droite et souverainistes de tous bords, nos fameux nationalistes populistes, ceux du rejet de la constitution de 2005, dans une addition de partis dont à terme seul l’épouvantail RN surnage au dessus de petites formations et d’électeurs déçus par leur chapelle. Manque juste le liant, l’alliance en somme, laquelle se conjuguera avec une somme d’intérêts politiciens particuliers.

Projetons nous dans trois ans. Le parti de Macron, après les naufrages Sarkozy puis Hollande, pris dans les rets du rejet populaire, est devenu à son tour l’épouvantail à abattre. Un système médiatique qui joue au fur et à mesure la petite musique d’une droite extrême devenue sous la tutelle de Marion et le soutien d’élus conservateurs plus respectable. Une armada de nouvelles têtes tout droit sorties de la fabrique à cerveaux de la benjamine, à savoir l’ISSEC. Quelques bonnes fées comme Zemmour au dessus du berceau. Un choix aussi clivant que possible sur fond d’abstentions records, avec une pléthore de petits candidats s’auto annulant les uns les autres. Un tel ras le bol émanant du pays que l’envie d’oser la dernière carte ne serait ce que pour faire échouer le sortant – une constante depuis 2012 et l’échec de la réélection de Sarkozy - devient envisageable pour beaucoup.

Et l’impensable devient possible.


samedi 11 mai 2019

Notre Dame et Ile de la Cité - l’oligarchie fait ce qu’elle veut !



Un document de 56 pages. Remis par le tandem composé de Dominique Perrault, architecte ayant conçu la Bibliothèque Nationale de France, et de Philippe Belaval, Président du Centre des Monuments Nationaux. Répondant à la lettre de mission datant de décembre 2015 du Président de l’époque, François Hollande, en accord avec la Maire de Paris Anne Hidalgo. Leur demandant, dans la lignée des grands travaux présidentiels, une vision de l’Ile de la Cité à l’horizon des vingt-cinq prochaines années.

Car l’Ile de la Cité, au cœur de la capitale, se trouvait alors à un carrefour tout a fait particulier, du fait d’un certain nombre de décisions déjà prises et s’emboitant les unes dans les autres sur la durée. Déménagement du Palais de Justice aux Batignolles, à l’exception de la Cour d Appel et de la Cour pénale. Restructuration de l’Hôtel Dieu. Enfin déménagement de la PJ du 36 Quai des Orfèvres. Sans compter la future piétonisation des berges de la rive droite, non sans impact fort sur l’ile monument. Une à une, les grandes administrations prennent la tangente, faisant place nette pour d’autres opportunités.

Souvenons-nous. Au XIXème siècle, le Baron Haussmann avait métamorphosé l’antique berceau de la ville, autrefois lieu de vie, en un centre administratif. On avait alors rasé toute la partie comprise entre le palais de Justice et la cathédrale Notre-Dame. Des centaines de maisons et de nombreuses petites églises avaient alors disparu. Seuls échappèrent à la démolition deux pans de la place Dauphine ainsi que le cloître Notre-Dame. 25 000 personnes furent expulsées. On édifia sur l’emplacement laissé libre la caserne de la Cité, devenue préfecture de police, ainsi que le tribunal de commerce. Le parvis de Notre-Dame fut agrandi de six fois la surface qu’il occupait au Moyen Âge, par la démolition de l’Hôtel-Dieu, qui fut reconstruit entre 1868 et 1875 plus au nord, et la suppression des maisons canoniales et de la vingtaine de sanctuaires qui entouraient la cathédrale selon la tradition médiévale.

Que représente pour nos pouvoirs publics sensibles à la modernité marchande et aux appels du pied du privé cette Ile ? En létat un vrai gâchis ! 14 millions de visiteurs qui du fait de labsence de quoi que ce soit dattractif autour ne font que passer. Au contraire de tous les autres grands monuments parisiens – le Louvre, sa pyramide et ses commerces, la Tour Eiffel, le Sacré Cœur … - ainsi que de tout ce que proposent les grandes capitales européennes aux alentours immédiats de leurs emblèmes patrimoniaux, lIle de la Cité se contentait jusqu’alors de la Cathédrale et de la Conciergerie.

Que contenait le fameux rapport laissé depuis 2016 de coté ? Un ensemble de 35 propositions spectaculaires offrant à lile de la Cité tout le kit pour touristes au pouvoir d’achat intéressant, à la hauteur des enjeux que représentent 14 millions de visiteurs venus du monde entier. Enjeux s'entend pour des intérêts privés ! Le parvis de Notre Dame recouvert d'une immense dalle de verre au-dessus de la crypte archéologique. Aux pieds de la cathédrale, un débarcadère et des plates-formes flottantes accueillant piscine, cafés, restaurants, salles de concert. Le long de la Seine, une longue promenade végétalisée, débarrassée des voitures, reliant les pointes aval et amont de l'île. Deux nouvelles passerelles qui franchissent le fleuve. Et puis, des verrières, des passages couverts, des galeries souterraines, des atriums en sous-sol.

Excluant toute nouvelle construction, les signataires du projet proposèrent néanmoins 100 000 mètres carrés supplémentaires par la construction d’une dizaine de couvertures de verre et d’acier au dessus des cours intérieures du Palais de Justice, du tribunal de commerce ou de l’Hôtel Dieu. La grande cour au sein de la Préfecture de Police, quant à elle, serait recouverte d’une immense rotonde de verre. Tout ceci libèrerait de la place pour des logements qu’on imagine hors de prix. Et bien entendu pour des commerces.

Quant au parvis de Notre Dame, nos architectes proposaient de le recouvrir d’une immense dalle de verre, et de récupérer les deux étages supérieurs des parkings pour en faire d’autres usages qu’il n’est pas difficile d’imaginer.

Le projet nous dit-on avait à l’époque surpris et intéressé mais était reste lettre morte. Il faut dire que les oppositions étaient on ne peut plus nombreuses, et le moment choisi dénué de tout choc émotionnel.

Et puis, l’incendie. Accidentel, nous serine-t-on sur nos antennes tandis que les flammes brulent encore. Thèse des médias aussitôt reprise par un Macron connaissant par cœur sa feuille de route, puis validée par un procureur de la République dépendant du pouvoir mandaté pour l’enquête, alors même que celle-ci commence à peine. Ce n’est pas qu’on l’abandonne cette piste, mais on ne la privilégie pas, dit-on sans rire. Quiconque émet un doute est aussitôt relégué dans le champ des complotistes d’extrême droite et des illuminés, seuls deux hommes politiques osent émettre pour l’un des doutes et pour l’autre la conviction qu’il s’agit d un acte criminel. Tous nos autres représentants, absolument tous, font le dos rond, comme toujours !

Le pouvoir, lui, appuie sur la pédale d’accélérateur, réunit un conseil des ministres exceptionnel, parle aussitôt de geste architectural et d’appel d’offre international. Alors même qu’intra muros la France détient non seulement les plans de la flèche détruite mais les compétences pointues pour tout refaire à l’identique.

Sauf que voilà. Le calendrier politique s’accorde mal avec l’Histoire. Macron et ses amis veulent faire vite, les JO de 2024 sont à l’horizon. Et avec cela, pourvu que l’on passe outre l’avis d’à peu près tout le monde de se donner les vingt ans nécessaires pour refaire à l’identique, la possibilité de s’approprier l’esprit de Notre Dame. Et à partir de la restauration toute l’Ile de la Cité conformément à certaines des propositions du rapport initial. Lequel offre le cap de travail.

Ecoutons Dominique Perrault, lequel, dans une interview donnée tout récemment à Vanity Fair, semble entrouvrir la porte.

Ces idées sont toujours d’actualité et verront peut-être le jour grâce ou à cause de cet évènement. Car la cathédrale a été endommagée mais elle suscite aujourd’hui une attention nouvelle. L’île de la cité va être portée par des visiteurs qui viendront du monde entier pour voir comment le patrimoine en France est protégé et valorisé. 

Tout est dit pour qui sait lire entre les lignes. Et on peut compter sur nos JT pour lentement préparer les esprits.

L’assemblée nationale vient d’entériner le projet de loi du gouvernement sur la restauration de la Cathédrale. Le gouvernement passe outre toutes les oppositions, y compris celles des experts du patrimoine – 1100 d’entre eux ayant exhorté un pouvoir sourd à ne pas céder à la précipitation dans une tribune parue dans le Figaro du 28 avril. Le pouvoir s’assied comme d’habitude sur un écrasant désaccord de l’opinion publique et suit fidèlement les desiderata de ses financeurs, lesquels se sont déguisés en sympathiques donateurs. Fidèle à elle même, l’oligarchie via sa marionnette s’est arrogée la création par ordonnance d'un établissement public pour concevoir, réaliser et coordonner les travaux et acté une habilitation du gouvernement à déroger à certaines règles d'urbanisme, de protection de l'environnement, de commande publique ou de préservation du patrimoine. En clair, et ce en dépit des assurances poussives du ministre de la Culture, on fait ce qu’on veut en monarchie présidentielle. Les lois et les règlements, on les détourne à notre convenance. De toute façon dans l’actualité un sujet chasse l’autre, et puis les gens ont tant d’autres priorités.

La messe des puissants est d’ores et déjà écrite avant que le moindre ouvrier ait mis les pieds sur le futur chantier, tout est question de temps. Et les dénégations des laquais des puissants n’y changeront rien. Le miracle de l’accident involontaire a miraculeusement relancé ce qui avant semblait bloqué. De son côté, la construction de Tour Triangle vient d’être enfin autorisée par la justice après 5 ans au point mort. En accéléré pour les JO !


jeudi 9 mai 2019

Le 8 mai Potemkine de Macron



 C’était le 8 mai 2019, anniversaire de la Libération. Les rues adjacentes aux Champs Elysées étaient cerclées de policiers chargés de contrôler quatre fois plutôt qu’une les passants, de peur que les descendants de ce peuple libéré ne parviennent à s’infiltrer sur l’avenue que remonta en 1945 le Général de Gaulle. Il fallait faire place nette au défilé du monarque, et que la présidentielle voiture puisse jusqu’à l’Arc de Triomphe remonter l’avenue sans heurts. The show must go on, y compris quand le roi est nu.

Las, l’avenue fut quasi vide, et les chaines de télévision furent contraintes non seulement à broder comme toujours sur la pantomime macronienne, mais à exiger de leurs techniciens de faire des plans aussi serrés que possible pour cacher le désert populaire. Car de l’autre coté des barrières, personne ou presque. Un comble et du jamais vu. Ce pouvoir, décrié comme aucun avant lui en France, autant par ses filtrages que par le refus obstiné du peuple autrefois libéré d’assister à cette indécente comédie de la commémoration, il a réussi à faire des Champs Elysées un village Potemkine le 8 mai. Détruits, ignorés, méprisés et frappés par un pouvoir aux ordres de l’oligarchie mondialiste qui livre le pays à ses ennemis et fait exprès la sourde oreille aux revendications de ceux qui depuis six mois s’insurgent, les français désertent l’évènement national et refusent de remplir les rangs. On n’est pas même parvenus tout en haut à recruter des centaines de foulards rouges pour créer l’illusion habituelle. Existe-t-il encore un macroniste en France, pourrait-on se demander en regardant les traits figés de la marionnette élyséenne effectuant mécaniquement son numéro sous l’arc de Triomphe face à une foule absente ?

Les pantins sont toujours en scène mais il n’y a plus guère que les caméras des médias et la pluie pour répondre encore présents. Image surréaliste d’une avenue déserte en un jour historique, hier théâtre de scènes insurrectionnelles on ne peut plus marquantes. D’où sont partis quand même quelques Macron démission et des sifflets devant le cortège des voitures noires des dépeceurs. Le rejet populaire a atteint un tel niveau que même les contempteurs de ce régime de rapaces semblent ne plus assumer de se montrer en plein jour. Le jour de l’anniversaire de la libération de la France – tout un symbole ! 


samedi 27 avril 2019

Manu et le Grand Changement de la petite virgule en bas de la page 7




Donc l’autre soir, après s’être auto-proclamé grand bâtisseur du siècle et pris toutes les décisions qu’il s était imposées à lui même pour faire de la reconstruction Royco Minute Soupe de Notre Dame de Paris son Grand Sujet -  par ordonnances ça ira plus vite ! -, notre Esméralda du CAC 40 s’en est allée faire son numéro de charme tant attendu par à peu près personne devant une meute de chiens de garde on ne peut plus courtois. En son palais, s’il vous plait, avec accréditations pour certains et omissions pour d’autres – on cherchait en vain Gaspard Gantzer, Aude Lancelin, Fabrice Arfi, Denis Robert ou Elise Lucet, ceux-ci devaient être retenus à des ronds points.

Ce fut une longue, très longue péroraison pleine de Moi Je et de Je Me Moi de plus de deux heures trente ou notre Manu parvint avec des mots et des phrases à étirer le rien ne bouge tant que je serai là au delà du supportable. Est-ce qu’on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire, a-t-il asséné. Les fondamentaux doivent être préservés, poursuivis et intensifiés, nous assura Sourdingue Premier, concédant un problème de méthode et deux doigts d’arrogance, autant dire deux grammes de cacahouètes.

Je vous la fais courte, la paille à sniff du roitelet. Lequel, après avoir feint pendant deux mois d’écouter des qui ont pas mon QI dans des salles des fêtes de province infectes, a finalement tranché pour n’en faire qu’à sa tête et revenir telle une toupie à son point de départ, à savoir son projeeeet ultra libéral en trompe l’œil.

Oncques donc en des temps anciens sur une autre galaxie, les revendications des gilets jaunes étaient – je dis bien étaient – légitimes. Jusqu’à ce que ces gueux en meutes mutent en d’affreux quenellistes soraliens antisémites homophobes casseurs de flics et de Fouquets. Ce qui me met dans la position régalienne du défenseur de Fort Boyard. Nous sommes un état de droit, mon devoir est d’assurer l’Ordre. Donc la taxe carbone et les 80km/h on repassera. Vos réclamations, allez donc aux urnes, moi je suis le Légitimement Elu. Circulez les jaunes fluo, et revenez dans le cercle de la raison !

Ah oui, votre demande de davantage de démocratie ? Pour MOI la démocratie c’est les élus, du coup votre RIC ca sera sans moi. Pour MOI, je disais, plus de démocratie égale plus de démocratie représentative égale moins de députés – logique non ? -, auquel j’ajoute 20% de proportionnelle pour quand je serai plus là. Et puis pour clore le sujet– cadeau de Manu - j’intégrerai 150 d’entre vous tirés au sort dans un comité Théodule dont vous n’avez jamais entendu parler, et pour cause il ne sert à rien sinon à prendre de petites décisions locales dont je me fiche. Ah oui, et puis après m’être sérieusement pris le chou avec moi même sur cette question du vote blanc, je décide finalement de laisser les choses en l’état. Pourquoi ? Parce que.

Des questions ?

Bon sinon je vous avais promis des baisses d’impôt, je confirme que je vais le faire. Quand ? Bientôt, voyez avec l’intendance, je suis pour la gouvernance à plusieurs, moi ! Du coup, faudra travailler plus pour gagner autant, vu que les études à qui je fais dire ce que je veux me disent que vous bossez moins que les autres des pays à coté. Ça, le travailler plus, ça plaira aux retraités de droite qui eux ont le mérite d’aller voter en masse, et puis vu que ma liste LREM baisse au profit de celle des Républicains, une pierre deux coups !

Oui Laurence ? Ah oui l’islam radical, je serai intraitable, Madame Le Pen n’a qu’à bien se tenir. Et fichez-moi la paix avec les fichés S !

Benalla ? Oh c’était un excellent collaborateur que ce joli jeune homme, non rien de rien, et on en a vraiment trop fait avec cette histoire, vous savez, alors question suivante !

L’ISF ? Ecoutez, le baisser fut à mon sens une très bonne mesure, et puis nous ferons tout bientôt dans un an voire deux une évaluation afin de la faire valider par des amis juste avant que je parte. Ne vous plaignez pas, je vous enlève l’ENA, enfin, j’enlève son nom et je garde le contenu. De toute façon j’ai presque tout vendu, alors fabriquer encore des Macron à la chaine quand il ne reste plus grand chose à demeure, à quoi bon ? Les robots de l’Intelligence Artificielle arrivent de toute façon !

Et de conclure, faussement fataliste. “Diriger en démocratie c’est accepter de ne pas être populaire”. Le sacrifice fait homme que notre poupée vaudou élyséenne pleine de cicatrices ! Pour ses “mesures wahou” on repassera.

Voilà. 2 heures 30 et quelques pour ça, avouez que ça valait l’attente, le cout et le déplacement. Le pire c’est que les chiens de garde parviennent à disserter des heures sur cette logorrhée aussi vide que creuse et qui tient à peine sur un post it. Manu, et ses potes des médias dans la salle, auront donc omis de parler des 10 000 arrestations, des 2000 condamnations à l’arrache, des centaines de blessés, des éborgnés, des mains arrachées, de la mamie décédée, de la BAC déchainée, des LBD, des journalistes embarqués. Sans compter des condamnations de l’ONU, du Conseil de l’Europe et d’Amnesty.

De tout cela pas un mot, et bien entendu pas une question. Pas le temps, désolé ! Quand on disserte deux heures trente sur Le Grand Changement de la petite virgule en bas de la page 7, on ne s’attarde pas sur de menus détails.


lundi 22 avril 2019

La Notre Dame de Manu




Retrouvant enfin quelques couleurs sondagières à la suite du choc émotionnel collectif faisant suite à l’incendie de Notre Dame, notre Président des Riches s’est aussitôt autoproclamé Grand Architecte en même temps de la reconstruction du Monument National et de l’Histoire de France. Le voici, la communication élyséenne fonctionnant à plein régime, remis sur le trône en une geste miraculeuse où celui qui semblait tenir le sceptre en tremblotant s’arroge la faculté par sa parole de réunir un peuple qu’il aura depuis son intronisation divisé, méprisé, insulté, surtaxé et fait tabasser comme jamais personne avant lui à ce poste. Pour du beau, du grandiose, du transcendantal jupitérien comme il aime.

Remettre ses petits mocassins dans l’Histoire Nationale à un mois et quelques d’élections qui risquaient de faire échouer son propre parti – le drame tombe à pic ! Cela dit Manu, c’est pas gagné !

L’appel à la générosité populaire, y compris dans les supermarchés de ses amis les milliardaires d’Auchan et consorts, quelques centimes d’euros multipliés par des dizaines de milliers, vous nous devez 7.94 euros, on arrondit à 8 pour Notre Dame ? Dans un pays où l’Etat capte 52% des ressources des travailleurs en impôts et taxes, cette demande de verser une obole de plus frise l’indécence, mais nous n’en sommes plus à cela près. Cela semble pour certains naturel que de participer à un immense racket national de plus, où les plus avantagés des plus avantagés sont en train de réussir un admirable looping en guise de défiscalisations. Les petits qui se feront avoir donneront deux fois sans s’en rendre compte tout en caressant leur laisse, avec le sentiment d’avoir fait une bonne action.

Il est cocasse de voir que les plus grands champions de l’optimisation et de l’évasion fiscale, le groupe Total au hasard, qui ne contribue pas à hauteur d’un et un seul euro aux recettes hexagonales, et sont donc directement responsables avec l’accord de nos gouvernants de l’état de délabrement absolu de nos finances publiques, rappliquent telles de sympathiques dames patronnesses après des années d’oubli de la cause commune. Des chacals déguisés en généreux donateurs que nos premiers de cordée.

On trouve encore des français pour lesquels oser faire le lien entre ce qu’on ôte au peuple et ce qu’on verse avec abattements pour des pierres est le comble de l’indécence. Que je sache, depuis la loi de 1905 de séparation entre l’Eglise et l’Etat, le fait que ce soit à la collectivité nationale d’entretenir voire de réparer un bâtiment séculier fut-il chargé de l’histoire nationale ne m’apparaît pas tomber sous le sens. Notre Dame, ce me semble, on pourrait tourner le regard vers le Vatican et ses milliards gérés depuis la City, avant que de faire une souscription nationale ? Hélas depuis le 15 avril au soir, notre bon pape est une fois encore aux abonnés absents. De même, organiser un concours d’architectes international pour refaire, différemment qui plus est, une flèche dont nous possédons en France à la fois les plans et les compétences pointues pour la recréer à l’identique – question évacuée, Jupiter a tranché.

Là, pas davantage que la piste d’un incendie criminel – laquelle piste, avant même qu’un enquêteur ait pu mettre un pied sur les lieux semble d’après la presse déjà abandonnée - ces questions semblent mériter d’être posées pour nos pseudos bâtisseurs républicains. Ceux-là même – Hidalgo et Hollande approuvant le projet pharaonique de l’architecte Dominique Perrault, et aujourd’hui Macron - qui en 2016 ont validé un projet architectural faisant de l’Ile de la Cité une espèce de complexe marchand attrape touristes, comprenant, sous la férule d’Unibail et Auchan, des tas de commerces j’imagine pas très bon marché à proximité de cette Cathédrale new look 2024. Notre Dame intégrée à un dispositif marchand, nous y voilà. Le parvis vendu à Auchan et Unibail, et des commerces en sous-sol comme aux Halles.

Notre Cathédrale, un sympathique Grand Maitre d’une Loge franc-maçonne européenne l’a malicieusement qualifiée de Temple dont il a estimé que la reconstruction – le diable se niche dans les détails – constituait, je cite, une opportunité. Les travaux peuvent commencer, avec pour horizon les JO de 2024 !

Cet nième incendie d’un lieu de culte catholique en France tombe décidément à pic pour bien des puissances d’argent, et sert leurs obligés dans leurs desseins communs. Les casseurs reconstruisent, se servent au passage et se réapproprient les biens. Etatiser les dépenses, privatiser les gains, et tuer au passage l’esprit.


samedi 20 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Playtime




Ce fut le quatrième film de notre Charlie Chaplin national qu’est Jacques Tati, et ce fut le film qui le ruina et manqua de ne jamais être achevé. Son énorme dépassement de budget dû à la reconstruction sur un immense terrain d’une sorte de La Défense – tandis que celle-ci était en construction – obligea le cinéaste à vendre les droits de ses trois films précédents. A sa sortie, il rencontra un échec public et essuya quelques revers critiques, que sa ressortie plusieurs décennies plus tard effaça.

A revoir Playtime de nos jours, dont la modernité saute aux yeux, on est face non seulement au meilleur film d’un cinéaste aussi talentueux que peu prolixe, mais à un des chefs d’œuvre les plus forts de toute l’histoire du cinéma français. Une œuvre énorme, monstrueuse, visionnaire, d’un burlesque absolument irrésistible, dont les qualités plastiques et de mise en scène éblouissent.

De Jour de fête à Playtime, ou du village rural au village global, tel pourrait être le résumé des quatre films où apparait le double du cinéaste, ce légendaire Monsieur Hulot. Légèrement apparente dans Les vacances de Monsieur Hulot, récit des premiers congés payés, plus évidente dans Mon oncle au travers du portrait irrésistible de drôlerie de ces banlieues modernes et de ces maisons équipées jusqu’à l’absurde par les technologies de l’époque, et ici le cœur même du sujet, la modernité de la société de consommation et du loisir, loin d’être vue sous l’angle d’un regard réactionnaire, nous est exposée au travers de plusieurs séquences autour de lieux géométriques, faits de lignes droites, de profondeur de champ et de reflets. Des séquences-espaces – l’aéroport, les espaces de bureaux, les appartements-vitrine, le restaurant moderne …- composent des blocs narratifs faits de plans larges où la durée des plans et le nombre de figurants et de détails qui y sont contenus permettent au spectateur de fureter et de repérer par lui-même les mille et une absurdités de ces villages globaux qui semblent si peu faits pour la vie.

Mille gags se succèdent, irrésistibles de burlesque, dans la suite des Temps modernes de Chaplin. Le décor, l’hyperfonctionnel, l’hyper rationaliste égarent ces êtres qui y passent, y travaillent, s’y promènent voire y vivent. Gags uniquement visuels ou sonores, c’est-à-dire se rattachant à la grammaire même du cinéma. Car dans Playtime, OVNI à son époque et OVNi tout court, à peu près tous les outils du cinéma classique sont évacués. Pas ou peu de dialogues, pas de hors champ, pas de champ/contrechamp, pas de musique sauf si elle est directement intégrée à ce qui se passe sur l’écran, pas à proprement parler de personnages, hormis Hulot et l’américaine, pas de progression dramatique non plus. Juste un monde loufoque exposé de manière virtuose, qu’Hulot va faire exploser en même temps que la vitre du Royal Garden, Hulot servant de dérailleur dans une horlogerie. Explosion qui va permettre à tous, et donc pas uniquement aux catégories sociales pour lesquels ce restaurant moderniste pour VIP était fait, de pénétrer le lieu chic et de se mêler pour y trouver une forme d’ivresse qui va littéralement faire imploser le décor. Avec une avalanche de gags qui évoque The Party de Blake Edwards, sorti l’année suivante.

Bref, Playtime, film incroyablement ludique et visionnaire sur notre XXIème siècle et ses dérives modernistes, observe avec ironie et sourire ce monde inhumain qui pousse comme un champignon. Et nous permet de mettre une loupe grossissante sur ses mille et une absurdités tant architecturales que civilisationnelles. Un monde envahi de métal et de verre où la frontière de l’intimité a disparu – le chez soi des appartements-vitres est visible de tous depuis la rue -, et où grouillent des anonymes errant comme dans un labyrinthe et tachant de se conformer à une logique totalement absurde.


mercredi 17 avril 2019

Manu Minion Million



Nous sommes un peuple de bâtisseurs, nous a rappelé avec des trémolos dans la voix le petit télégraphiste de la casse nationale. Ce NOUS fait sourire, ce NOUS manipulateur et mensonger. Lui la créature d’un sommet invisible entend se joindre à NOUS et nous la jouer union nationale. 5 minutes 40 à enfiler avec un regard absent des perles, un Président des Ultra Riches soudain transformé pour la circonstance en débiteur de soupe Harlequin, feignant l’émotion pour mieux surfer sur la vague. Soudain doté d’un cœur, le banquier d’affaires sourd à la souffrance populaire qu’il déchaine et aveugle devant les gueules que son pouvoir a cassées nous chante son amour des jeunes pompiers de Notre Dame. Le pyromane de métier est revisité.

Le texte fut lu sur le prompteur, le lendemain de l’évènement tragique. Cette fois Manu a su retenir le petit sourire en coin, il s était amidonné de grosses ficelles niaiseuses. La veille, devant l’édifice en flamme de cette religion qui est le contraire de la sienne, il nous avait déjà promis que des quatre coins de l’hexagone, par la force de sa seule parole, certains allaient donner donner donner, comme le chantait Enrico Macias. Aussitôt quelques uns de ses marionnettistes apparurent, ceux-là qui avaient tant bénéficié des largesses de leur poulain, et lâchèrent des sommes faramineuses, un milliard, trois fois le budget annuel de la rénovation des monuments historiques. 200 millions par ci, 100 par là, qu’ils avaient dû hésiter auparavant à offrir à nos services publics et à nos hôpitaux. Mais là, devant cette émotion nationale, comment résister ? D’autant que donnant 100, ils en récupèreraient 66 voire davantage, le déficit d’impôt encaissé étant aux services de la collectivité – le fameux NOUS de Manu …

Manu nous l’a dit, en cinq ans, par la seule force de sa Parole, la Cathédrale renaitrait. Car Jupiter est Jupiter. Il n’y avait plus de sous dans les caisses ? En voici des millions ! Passons sur les niches fiscales déguisées en générosité de façade, ne soyons pas mesquins, c’est l’heure où il nous faut face à la tragédie nous serrer les coudes. Les premiers de cordée sont là, à nos cotés. Et NOUS allons poursuivre en chantant la Marseillaise la merveilleuse histoire de cette France que nous aimons tant. Alléluia !